mardi 5 février 2008

Plus je travaille et plus je ne fais rien

plus je prends conscience que ce qui m'intéresse, c'est d'abord la parole : comment le texte peut rendre la chose parlée.

Tu y allais souvent avant, un message tous les quinze jours

- c'était une sorte de journal.

vendredi 19 octobre 2007

Une collecte d'histoires parlées

Certains jours, je me plais à penser que le grandlivre n'est peut-être qu'une rêverie. La rêverie d'un livre titanesque, ramassis de mots, d'images, et de sons, tels les débris de marmots, de bras coupés, et d'animaux composant la robe de La mariée de Niki de Saint Phalle. Le modèle que je lui donne actuellement est tout simplement et immodestement peut-être "Les contes de Canterbury". Oui, une collecte d'histoires parlées. Une série d'histoires de ce temps nouveau, mais déjà ancien, entrant curieusement en relation entre elles. Trop aveuglée par mon grand projet, j'ai du me replier sur une histoire, une des microhistoires qui composeront peut-être le grandlivre. Une voix de femme seule obsessionnelle, poussée jusqu'à la plus grande liberté possible (qui pourra être envisagée aussi comme la plus grande des automaticités).

mardi 3 juillet 2007

Quoi de pire

Quoi de pire que de voir chez un médiocre une tentative d'écrire le grandlivre (qui ne se contente plus de s'écrire) ? C'est tout simplement accablant de voir ainsi gaspillée une ambition somme toute bonne, et qui, dans les meilleurs jours, est même la seule qui me donne du souffle ! Finalement, cela se passe toujours comme ça : les meilleures idées sont réalisées par les plus mauvaises mains, si bien que sans cesse, les bonnes idées sont gâchées de façon tout à fait lamentable. Et les meilleurs d'entre nous n'ont plus qu'à réaliser des idées déjà réalisées, ou, encore, de petites idées que les plus mauvais ne nous auront pas (encore) volées (car les plus mauvais sont toujours, par hypothèse, les plus rapides à l'exécution, pour des raisons aisément devinables). Ceci est à prendre comme un avertissement : quiconque s'attèlera au grandlivre tentera d'être un peu talentueux, je veux dire, expérimentera vraiment quelque chose. Vous me promettez de faire un effort ?

mardi 19 juin 2007

macro ou microscope ?

Régulièrement, se pose la question de la maladie de l'oeil : myopie ou presbytie ? L'écriture ne peut être qu'une maladie de l'oeil. Le tout est donc de choisir sa maladie. "Petit" livre ou livre total ?

dimanche 22 avril 2007

En parlant

En parlant à ma grande amie, dans un café au nom assez insolite pour m'égayer malgré tout, j'ai été reprise, soudainement (le jour est sans doute mal choisi pour l'évoquer) par l'enthousiasme du grandlivre, du livre qui s'écrit dans toutes les directions, et ne connait pas de limites. Ni géographiques (le grand livre n'attend pas le lecteur, mais dé-boussolé, pourfend le monde, galoppe dans toutes les directions à la fois, touche simultanément toutes les parties du globe), ni temporelles (il est édité dès qu'il est écrit, s'écrit pendant qu'il est lu), ni de supports (oeuvre plus totale que le film, la revanche du texte). En écoutant les arguments de ma grande amie pour le papier, caractère fini, appropriable du livre papier, mais aussi intime, l'ami que l'on emporte partout avec soi,la concentration que l'on n'acquiert pas devant un écran, le retrait particulier qu'implique le livre-papier, je suis résolument convaincue de la potentialité immense, euphorisante du grandlivre.Pas vous ?

mercredi 11 avril 2007

Impatience

Je n'en peux plus d'attendre. J'aimerais qu'il se passe quelque chose au plus vite. Lire quelque chose de totalement neuf, qui me déchire la pensée, voir quelque chose de fulgurant, qu'une idée, une véritable idée, soit prononcée. Mais rien ne se produit, ou jamais assez vite. Des dizaines de livres me tombent des mains, ou pire me plaisent à moitié. Et il faudrait m'en contenter ! Rognures d'ongles, nous dit ce brave Henry Miller, prendre des rognures d'ongles de ce qui nous tombe sous la main. Mais avouons que les rognures d'ongles n'appaisent que faussement la faim, et n'ont pas bon goût, n'ont pas de goût à vrai dire.

vendredi 30 mars 2007

De vous à moi

De vous à moi, la tentation est souvent forte d'abandonner la partie du grandlivre. De laisser là mes exigences, sans doute obsolètes, et d'écrire un bon petit roman bien linéaire, à peine écrit, et d'accepter de lire les bons petits romans, linéaires, à peine écrits, que l'on nous prie d'ingurgiter sans broncher. Je suis assez contre le style en littérature. Non pas que je prône la transparence de l'écriture, bien au contraire. Mais l'idée d'une langue belle, élégante, précise, qui composerait le beaustyle d'un écrivain m'écoeure plus qu'autre chose. Car qui sait parler et qui sait écrire ? Je préfère à ceux qui prétendent savoir écrire, ou apprendre à le faire, ceux qui, comme Novarina, prétendent désapprendre la langue, écrire pour la défaire, pour ne plus rien savoir d'elle. Ce n'est que lorsque la littérature atteint ces degrés-là d'inconnaissance, qu'elle mérite d'exister.

lundi 5 mars 2007

Tout viendrait du Livre

Comment ne pas être attirée, tentée, par cette imagerie de la grande Institution qui nous ferait presque croire que tout vient du Livre. Non pas d'un livre ou de livres, mais du Livre, scindé en deux : Livre des lois évoquant directement le Livre confié à Moïse. Parmi les dorures, les anges supermusclés et définitivement sexués, les femmes nues chevauchant le temps, les têtes un peu maladroites de personnages censés suggérer la justice, les codes des lois, diffusant la lumen justitia, sont devenus les Torah et Talmud de la synagogue laïque.

mercredi 14 février 2007

La Grande Institution

Arpenter les couloirs de la Grande institution immédiatement intrigue. Tapis rouges, bustes et photographies, livres devenus littéralement éléments du décor, que devient, par la force des choses, et inévitablement (qu'elle le veuille ou non) la grande institution. En marchant dans les longs couloirs déserts et silencieux, sous les dorures, environnés de livres, viennent à l'esprit d'autres plans, ceux d'Alain Resnais dans l'Année dernière à Marienbad. Dans le décor qu'est inévitablement la grande institution, la voix de Delphine Seyrig nous conduit, et nous perd, et on ne se déplace que dans de longs travellings avec une souplesse (et une grâce) que seules peuvent avoir les machines. Vous seriez étonnés. Tout ce décor de, ce que je nommerais, par goût et devoir du secret, la Grande institution, intrigue, oui. Fait (l')intrigue.

samedi 27 janvier 2007

Une lueur d'espoir, vous avez ?

Des mois ont passé avant de revenir, d'écrire à nouveau ici. Plus que cela : avant d'avoir l'impulsion nécessaire pour proposer quelque chose, et pour rire du reste. En fin d'après-midi, lecture de Régis Jauffret, l'un des meilleurs ficteurs français contemporains, à coup sûr. Microfictions. Tout de suite, je suis génée par l'homme, assis là, absolument antipathique. On devrait ne jamais savoir qui se cache derrière les textes. Il lit, mal, boit, sa performance s'améliore légèrement. Ne pas écouter, pour pouvoir encore lire, fuir le plus vite possible. Quelques femmes présentes. L'une en manteau de fourure, blonde, embarrassante, paraît sortir tout droit d'un livre de Jauffret : pourquoi "microfictions", pourquoi pas "nouvelles" ou "billets d'humeur" ? Jauffret parle du roman, le roman classique n'a jamais existé. On vit dans la fiction du roman classique, avec des caractéristiques qui n'ont jamais été celles d'aucun roman. Balzac n'était pas classique en son temps... Une femme plus jeune se saisit avec avidité d' "Histoire d'amour", le titre, ne le lâche plus, demande : et un livre avec une lueur d'espoir, vous avez ? RG: je suis assez contre la lueur d'espoir

jeudi 27 juillet 2006

évidemment

Evidemment, le grandlivre est une hérésie. Parce qu'en soi, un livre contredit, dément, détourne toutes les grandes religions contemporaines. Le grandlivre d'autant plus.

mardi 20 juin 2006

Les promesses de la dématérialisation

Pour en revenir au grandlivre (mais il n'était question que de lui), il convient de ne pas trop dévoiler le projet, pour ne pas encourager les plagiaires. Si tout à chacun est déjà en train d'écrire le grandlivre, il convient de tenter de limiter, de freiner mes concurents, parmi lesquels vous êtes peut-être.
Cependant, je peux tout de même révéler que le grandlivre est le fruit de la grande dématérialisation ; du texte sorti du "livre" classique, du livre dont l'on tourne les pages, mais également de l'image sortie de la pellicule, de la musique et plus généralement du son libérés des CD. Cette grande dématérialisation n'est pas sans faire émerger de nouvelles inquiétudes concernant ceux qui décideront de la mémoire collective et les choix, arbitraires, peut-on penser, qui seront faits la concernant. Mais elle est également à l'origine de nouveaux espoirs ; ceux d'un nouveau livre total, un grandlivre sorti de la prison des supports.

dimanche 18 juin 2006

Cette histoire de livre-toujours-le-même

Un interlocuteur d'une époque pas si lointaine me disait à propos de l'oeuvre de Philippe Beck (mais peut-être cela n'a-t-il rien à voir ?) : pourquoi écrire dans une vie plusieurs livres ? A la vie (une, selon lui), devait correspondre un seul livre. Cette remarque m'avait intéressée, intriguée, et contrariée. De cette vision semble en effet émaner un fumet un peu chrétien. Le livre de X comme Le livre de Jérémie (par exemple).

mercredi 3 mai 2006

Différence et répétition

Le grandlivre prend parfois la forme de livres en série. C'est ce que je disais à un très grand ami. Je citais Thomas Bernhard que je lis avec frénésie, ou plutôt que j'ai lu frénétiquement avant d'avoir lu son livre Oui. Son livre Oui m'a tant plu, qu'aucun livre de Thomas Bernhard ne me semble à la hauteur de celui-là, du moins d'entre ceux que je n'ai pas encore lus. J'attends toujours la suite de Oui, en ouvrant ses autres livres, et ses livres ne sont jamais que la pâle imitation de Oui. Bien sûr, on y trouve des ressemblances, des motifs qui reviennent. Mais ce qui me plaisait tant dans Oui n'y est pas, ou y est sous une forme amaigrie, malade (ou pas assez malade).
A propos de Thomas Bernhard, je disais à ce grand ami qu'on ne peut sans doute faire qu'un seul livre dans sa vie. On n'a sans doute qu'une seule idée, que l'on passe sa vie à essayer d'approcher. Et je doute que l'on sache jamais avec précision ce qu'est cette idée. Tout comme on ne peut sans doute qu'écrire un seul livre, que l'on passe son temps à essayer d'approcher. Ce grand ami me disait : c'est vrai que Thomas Bernhard fait toujours le même livre. Ce qui est étonnant c'est qu'il y en ait qui soient meilleurs que d'autres.

mardi 28 mars 2006

Faites un effort

si vous ne faites rien pour le grandlivre, le grandlivre n'avancera pas. Le grandlivre a besoin de bouffer de l'humain, et pour qu'il y ait quelque chose à bouffer, il faut que vous y mettiez du vôtre.Tentez de faire un effort, de dire quelque chose d'un peu intéressant. Il n'est pas question de susciter une vague curiosité chez votre interlocuteur (si tant est que vous parliez à quelqu'un, la plupart du temps vous parlez dans le vide), d'inscrire dans la mémoire de tel ou tel une anecdote, encore moins une anecdotique pièce de Kultur. Mieux vaut alors que vous racontiez vos vacances, ou votre recette d'endives au jambon.
Dites quelque chose qui bouscule, choque, gifle, fasse perdre l'idée de ce que peut être la pensée. Toujours cela les grands penseurs au fond, les grands écrivains : ceux qui vident la pensée de la pensée. Ceux qui créent une confusion telle, que la pensée ne sait plus comment cheminer. Suscitent une énergie décuplée, mais sans arguments, sans déroulé, sans moule, sans forme. Devenez de grands écrivains et de grands penseurs, bordel. Cessez de vous enfoncer dans cette lamentable absence.

dimanche 5 mars 2006

c'est parti

c'est parti, le grand livre, commencé, sur le temps, avec l'idée de l'éclatement, de la toile d'araignée, ou du réseau fluvial, tant d'images que l'on retrouvera de part en part du livre, et qui feront peut-être à elles toutes un livre d'images, vous verrez comment. Mais le grandlivre est parti, dans le sens où l'esprit va, c'est-à-dire de l'avant, en ligne, dans la ligne de la pensée, on n'y peut rien, on écrit en ligne, linéaire, et pour écrire autrement, il faut penser, certes, mais il faut inventer une écriture nouvelle aussi, comment. Parti linéaire pour un parti pris éclaté, comment tout cela se peut-il, concilier la ligne et l'étoile, l'éclatement, comment.

vendredi 13 janvier 2006

A cheval sur le dada (isme)

Mais qu'est-ce qui se passe avec dada, le dada, le dadaïsme. On ne parle que de ça, que ce mot à la bouche, dada, dada. Une jeune fille dans un café parlant très haut : "ce soir on fait une soirée dada". L'explication suit : "une soirée où chacun apporte quelque chose de spèce à manger". On les célèbre, on les célèbre ces dadaïstes, mais personne ne semble savoir ce que l'on célèbre. L'expo à Beaubourg n'a servi qu'à une chose en réalité : démontrer que le dadaïsme n'a jamais été un mouvement artistique, autre que littéraire (et peut-on vraiment parler de mouvement , n'est-ce pas précisément un anti-mouvement ?). Avouons qu'il est bien délicat d'exposer des livres, ceux-ci se caractérisant précisément par ce qui ne peut être montré, ce qui se dérobe à l'oeil, ce que projette l'écriture sur les écrans invisibles de la pensée. Mais Beaubourg ne semble pas être de cet avis, ces derniers temps, et expose (par manque de subventions ?) beaucoup de livres, souvent choisis assez arbitrairement (de Catherine Millet à Jacques Roubaud). Arrêtez ! Arrêtez d'utiliser ce mot ! Dada vous démange la bouche ! Ecoutez ce que vous dites ! Arrêtez de parler sans savoir ce que vos bouches prononcent !

jeudi 5 janvier 2006

Dog star man

S. Brakhage. Dog star man. Le mouvement, toujours le mouvement, défilement rapide de couleurs, blanc, rouge, craquèlements de pellicule faisant comme des sortes de cellules microscopées. Si les plans du cinéaste barbu avançant dans la neige avec de petites bottines inappropriées m'ennuient plutôt, par contre, m'apparaissent très réussis les moments d'indiscernabilité de l'objet filmé. A force d'enchaîner les plans représentant corps de femme, ou volcans, ou roches, ou animal écorché au coeur encore battant, on ne sait plus ce que l'on voit : un sexe de femme , un volcan ? Est-ce du petit agrandi, ou du très grand qui parait petit ? Est-ce que c'est pas ce que l'on peut attendre du cinéma : de désapprendre à voir ?
Cela me semble proche de ce que fait Faulkner, dans le récit : le défilement de points de vue crée une indiscernabilité du sujet de la parole.

mardi 3 janvier 2006

Messe pour le temps présent

J'aime ce titre de Pierre Henry et de Michel Colombier, en ce qu'il oppose la messe qui célèbre toujours le futur, le futur apprécié par l'Eglise étant d'abord après la mort (celle du Voyage de P. Henry, de 1967, réalisé d'après le livre des morts tibétain), et cette messe nouvelle, qui se fout du futur post mortem, et célèbre les divers volumes du présent.