mardi 20 juin 2006

Les promesses de la dématérialisation

Pour en revenir au grandlivre (mais il n'était question que de lui), il convient de ne pas trop dévoiler le projet, pour ne pas encourager les plagiaires. Si tout à chacun est déjà en train d'écrire le grandlivre, il convient de tenter de limiter, de freiner mes concurents, parmi lesquels vous êtes peut-être.
Cependant, je peux tout de même révéler que le grandlivre est le fruit de la grande dématérialisation ; du texte sorti du "livre" classique, du livre dont l'on tourne les pages, mais également de l'image sortie de la pellicule, de la musique et plus généralement du son libérés des CD. Cette grande dématérialisation n'est pas sans faire émerger de nouvelles inquiétudes concernant ceux qui décideront de la mémoire collective et les choix, arbitraires, peut-on penser, qui seront faits la concernant. Mais elle est également à l'origine de nouveaux espoirs ; ceux d'un nouveau livre total, un grandlivre sorti de la prison des supports.

dimanche 18 juin 2006

Cette histoire de livre-toujours-le-même

Un interlocuteur d'une époque pas si lointaine me disait à propos de l'oeuvre de Philippe Beck (mais peut-être cela n'a-t-il rien à voir ?) : pourquoi écrire dans une vie plusieurs livres ? A la vie (une, selon lui), devait correspondre un seul livre. Cette remarque m'avait intéressée, intriguée, et contrariée. De cette vision semble en effet émaner un fumet un peu chrétien. Le livre de X comme Le livre de Jérémie (par exemple).

mercredi 3 mai 2006

Différence et répétition

Le grandlivre prend parfois la forme de livres en série. C'est ce que je disais à un très grand ami. Je citais Thomas Bernhard que je lis avec frénésie, ou plutôt que j'ai lu frénétiquement avant d'avoir lu son livre Oui. Son livre Oui m'a tant plu, qu'aucun livre de Thomas Bernhard ne me semble à la hauteur de celui-là, du moins d'entre ceux que je n'ai pas encore lus. J'attends toujours la suite de Oui, en ouvrant ses autres livres, et ses livres ne sont jamais que la pâle imitation de Oui. Bien sûr, on y trouve des ressemblances, des motifs qui reviennent. Mais ce qui me plaisait tant dans Oui n'y est pas, ou y est sous une forme amaigrie, malade (ou pas assez malade).
A propos de Thomas Bernhard, je disais à ce grand ami qu'on ne peut sans doute faire qu'un seul livre dans sa vie. On n'a sans doute qu'une seule idée, que l'on passe sa vie à essayer d'approcher. Et je doute que l'on sache jamais avec précision ce qu'est cette idée. Tout comme on ne peut sans doute qu'écrire un seul livre, que l'on passe son temps à essayer d'approcher. Ce grand ami me disait : c'est vrai que Thomas Bernhard fait toujours le même livre. Ce qui est étonnant c'est qu'il y en ait qui soient meilleurs que d'autres.

mardi 28 mars 2006

Faites un effort

si vous ne faites rien pour le grandlivre, le grandlivre n'avancera pas. Le grandlivre a besoin de bouffer de l'humain, et pour qu'il y ait quelque chose à bouffer, il faut que vous y mettiez du vôtre.Tentez de faire un effort, de dire quelque chose d'un peu intéressant. Il n'est pas question de susciter une vague curiosité chez votre interlocuteur (si tant est que vous parliez à quelqu'un, la plupart du temps vous parlez dans le vide), d'inscrire dans la mémoire de tel ou tel une anecdote, encore moins une anecdotique pièce de Kultur. Mieux vaut alors que vous racontiez vos vacances, ou votre recette d'endives au jambon.
Dites quelque chose qui bouscule, choque, gifle, fasse perdre l'idée de ce que peut être la pensée. Toujours cela les grands penseurs au fond, les grands écrivains : ceux qui vident la pensée de la pensée. Ceux qui créent une confusion telle, que la pensée ne sait plus comment cheminer. Suscitent une énergie décuplée, mais sans arguments, sans déroulé, sans moule, sans forme. Devenez de grands écrivains et de grands penseurs, bordel. Cessez de vous enfoncer dans cette lamentable absence.

dimanche 5 mars 2006

c'est parti

c'est parti, le grand livre, commencé, sur le temps, avec l'idée de l'éclatement, de la toile d'araignée, ou du réseau fluvial, tant d'images que l'on retrouvera de part en part du livre, et qui feront peut-être à elles toutes un livre d'images, vous verrez comment. Mais le grandlivre est parti, dans le sens où l'esprit va, c'est-à-dire de l'avant, en ligne, dans la ligne de la pensée, on n'y peut rien, on écrit en ligne, linéaire, et pour écrire autrement, il faut penser, certes, mais il faut inventer une écriture nouvelle aussi, comment. Parti linéaire pour un parti pris éclaté, comment tout cela se peut-il, concilier la ligne et l'étoile, l'éclatement, comment.

vendredi 13 janvier 2006

A cheval sur le dada (isme)

Mais qu'est-ce qui se passe avec dada, le dada, le dadaïsme. On ne parle que de ça, que ce mot à la bouche, dada, dada. Une jeune fille dans un café parlant très haut : "ce soir on fait une soirée dada". L'explication suit : "une soirée où chacun apporte quelque chose de spèce à manger". On les célèbre, on les célèbre ces dadaïstes, mais personne ne semble savoir ce que l'on célèbre. L'expo à Beaubourg n'a servi qu'à une chose en réalité : démontrer que le dadaïsme n'a jamais été un mouvement artistique, autre que littéraire (et peut-on vraiment parler de mouvement , n'est-ce pas précisément un anti-mouvement ?). Avouons qu'il est bien délicat d'exposer des livres, ceux-ci se caractérisant précisément par ce qui ne peut être montré, ce qui se dérobe à l'oeil, ce que projette l'écriture sur les écrans invisibles de la pensée. Mais Beaubourg ne semble pas être de cet avis, ces derniers temps, et expose (par manque de subventions ?) beaucoup de livres, souvent choisis assez arbitrairement (de Catherine Millet à Jacques Roubaud). Arrêtez ! Arrêtez d'utiliser ce mot ! Dada vous démange la bouche ! Ecoutez ce que vous dites ! Arrêtez de parler sans savoir ce que vos bouches prononcent !

jeudi 5 janvier 2006

Dog star man

S. Brakhage. Dog star man. Le mouvement, toujours le mouvement, défilement rapide de couleurs, blanc, rouge, craquèlements de pellicule faisant comme des sortes de cellules microscopées. Si les plans du cinéaste barbu avançant dans la neige avec de petites bottines inappropriées m'ennuient plutôt, par contre, m'apparaissent très réussis les moments d'indiscernabilité de l'objet filmé. A force d'enchaîner les plans représentant corps de femme, ou volcans, ou roches, ou animal écorché au coeur encore battant, on ne sait plus ce que l'on voit : un sexe de femme , un volcan ? Est-ce du petit agrandi, ou du très grand qui parait petit ? Est-ce que c'est pas ce que l'on peut attendre du cinéma : de désapprendre à voir ?
Cela me semble proche de ce que fait Faulkner, dans le récit : le défilement de points de vue crée une indiscernabilité du sujet de la parole.

mardi 3 janvier 2006

Messe pour le temps présent

J'aime ce titre de Pierre Henry et de Michel Colombier, en ce qu'il oppose la messe qui célèbre toujours le futur, le futur apprécié par l'Eglise étant d'abord après la mort (celle du Voyage de P. Henry, de 1967, réalisé d'après le livre des morts tibétain), et cette messe nouvelle, qui se fout du futur post mortem, et célèbre les divers volumes du présent.

mercredi 28 décembre 2005

Le grand livre est-il religieux ?

Dans un dossier sur la poésie contemporaine fait par Action poétique, une remarque très surprenante de Philippe Beck : la poésie contemporaine est religieuse. On s'attendait à beaucoup de choses, mais pas cela. Une des critiques annoncées d'emblée était précisément que la poésie perdait ses formes et précisément sa profondeur (cf Heidegger) traditionnelles (perdait ses re-pères ?). P. Beck écrit que la poésie contemporaine est religieuse en ce qu'elle croit au livre à venir, croit tant au livre à venir, qu'elle n'écrit que sur ce dernier. Il s'était d'ailleurs pris certaines remarques acides de Poncet dans la Main de Singe en pleine tête. Peut-être Beck pensait-il à Jacques Roubaud, et Onuma Nemon, car à part eux, je ne vois pas trop qui, d'encore vivant, à l'heure actuelle, nourrit ce type de prétentions. Le livre des temps nouveaux, lui, n'en restera pas à l'état de projet : il sera effectivement écrit.

mardi 27 décembre 2005

Le grand livre selon Dostoïevski

Se donner pour tâche d'écrire un livre plus grand que soi.

lundi 26 décembre 2005

Aluminium

Charlotte Perriand, décoratrice d'intérieur à Paris ( a notamment bossé avec Le Corbusier) : l'artiste des temps nouveaux est celui qui sait utiliser les moyens techniques offerts par son époque. Epilogue pour aujourd'hui : Charlotte Perriand a hissé son art à la hauteur de l'aluminium.

dimanche 18 décembre 2005

"On est là pour voir le feu d'artifices, non ?"

Blow out de De Palma. L'éclatement. Eclatement de feux d'artifice, joie, fête de l'indépendance, de la liberté. L'individu force la foule, l'individu tente d'être à lui seul le courant contraire à tout esprit de fête, de perforer la masse automatisée de la fête, de sa tragédie : celle de n'être que le témoin, que le témoin du meurtre, de la violence dissimulée en train de se produire, et de toute son impuissance à agir.
A rebours de cet éclatement, la reconstitution de la naissance du cinéma, bricolée : photos mises bout à bout pour faire film, synchronisation avec la bande sonore. Et c'est avec toutes les oreilles que l'on voit.
Blow out (qui suggère Blow up d'Antonioni, et une autre explosion : celle de la bourgeoisie, d'une villa bourgeoise, et qui reste toujours à venir), donne des envies d'explosions futures : d'explosions du film sur l'éclatement ; donne le désir d'un film qui reprendrait le film et tirerait jusqu'au bout les conclusions du blow out : vers un nouveau cinéma, dont la reconstitution historique prendrait naissance avec le film même, film manifeste, film-feux d'artifice.
Le grandlivredestempsnouveaux serait, lui, le livre-feux-d'artifice.

mercredi 14 décembre 2005

voilà

C'est en regardant cet homme dans le métro, en regardant ce type avec, un livre ouvert, sur les genoux. Je me suis penchée, toujours curieuse de voir, de savoir ce qu'ils peuvent bien lire tous ces gens, tous ces gens, rares, qui lisent dans le métro, et qui me font presque toujours penser à je ne sais plus quel film de Rohmer je crois "j'ai pile le temps de lire durant mon trajet en train : plus longtemps serait trop, et moins, pas assez. Le temps de mon voyage quotidien correspond exactement au temps qu'il me faut de littérature par jour" (ou quelque chose comme ça). Et là, comme presque à chaque fois, à la curiosité succèdent le ricannement et l'aigreur : un style ringardement à la mode me saute au visage, et me mord avec ses tirets, et ses dialogues soporifiques, me griffe avec ses images préfabriquées, où l'on pourrait presque déceler de l'amiante ( Eternit, l'ennui de l'éternité assuré en moins de quelques années d'exposition). Monologue intérieur habituel : mais où est passée la littérature ?
J'en viens à aimer les livres d'Hugo vus dans le métro, car c'est tellement rare, tellement rare, oui, de voir de la littérature dans les mains vues dans le métro, que je viens à aimer ce brave Hugo qui n'a passionné que mes quinze ans.
Vous me direz que je m'égare, mais non. Au spectacle de cet homme qui lit, devant tous les hommes, dans la même position, lisant des livres plein d'éternit, j'ai envie de cracher sur les pages, de les brûler dans la colère. Je me sens solidaire de tous les non-lecteurs, je les comprends profondément : le livre n'est rien de rien, et devrait disparaître au plus vite. Je me dis mais pourquoi pourquoi je devrais, moi, défendre ce vieux machin que l'on appelle littérature, et que tout le monde conchie, pourquoi me reviendrait-il à moi de prendre fait et cause pour ce pauvre Victor Hugo, moi qui ai peine à croire à quelque chose ?

mardi 22 novembre 2005

littérature super-plume

André Breton, dit A. en peinant à porter la caisse contenant presque tous ses livres, mesure bien le poids de cette affection malsaine (sous-entendu entre nous : Breton, le gros papac entouré de sa dignité nauséabonde, l'excluant, la pipe greffon à la bouche, l'anti-sodomite -dans le test surréaliste sur la sexualité, Breton est contre tout, ou presque : l'amour fou ?). Est-ce que t'aimes vraiment Pessoa ? Tout ? dit A. en trimballant la caisse des P.

jeudi 17 novembre 2005

K.

Kakfa : incontestablement le meilleur auteur de S.F.
Si le grandlivre est un livre de S.F., ce ne sera pas à cause des machines, des manifestations d'une technologie encore à inventer, mais à kause du temps.

mercredi 16 novembre 2005

comme un tamagoshi

le grandlivredestempsnouveaux. Lui donner sa pâtée, oui. Vous donner votre pâtée. Vous la donner, oui, vous. Mais nobody est exactement comme vous. Nobody est très différent de vous, mais pour ça, pareil au même. Aller sur le réseau, et trouver de quoi absorber, de quoi s'empiffrer, de quoi se délecter, mais aussi, de quoi assouvir sa boulimie. La boulimie de quoi ça reste à découvrir, mais la boulimie de.
Quand je cherche, avec la frénésie de tous mes doigts, malheureusement au nombre réduit de dix, et de toutes mes pupilles infortunément au nombre restreint de deux, je cherche quelque chose de plus. Comme vous j'imagine. Et lorsque j'entends des trucs aussi débiles que le mail, le chat, les blogs et internet empâtent l'esprit, et vont contre la lecture et dans le sens de l'analphabétisme, je vous le dis, rien de plus faux, rien de plus idiot, même si l'idiotie est au goût du jour (prétexte intellectuel = le pauvre monoclé T. Tzara).
ça va pas assez vite, jamais assez vite, que font les écrivains. Personne n'écrit assez vite. Rien ne s'écrit de nos jours, car rien ne s'est écrit ces vingt dernières minutes.

jeudi 27 octobre 2005

éclats

Le livre des temps nouveaux : Eclats de big bang ou de big crush

jeudi 20 octobre 2005

et c'est là où je voulais en venir

Ryolo Segiguchi : " Si on avait conservé le livre en rouleau, la pratique de la lecture aurait été tout à fait différente. Le fait que le livre s’ouvre, est agrafé, et que l’on ne peut pas en détacher les pages, a imposé de manière inconsciente une certaine écriture, une certaine conception du livre et du poème ", entretien, Revue Action restreinte, numéro 2. Le livredestempsnouveaux suppose donc une rupture radicale avec l’objet-livre lui-même.

mercredi 19 octobre 2005

et juste quand

j'écris ça, sort le nouveau livre de R.S., "Héliotropes", POL. Précisément sur la manière dont un texte va vers sa fin.

mardi 18 octobre 2005

Je parle dans le désordre

un premier indice dans le désordre de l’enquête (mais qui peut parler dans l’ordre ?) je le trouve chez Ryoko Sekiguchi. Poète française et japonaise publiée principalement par POL. Ecrit des drôles de machins, des sortes de traductions qui n’en sont pas, des textes fragmentés qui visent à éviter toute idée de début et de fin (tout comme ses textes " traduits " ne renvoient pas vraiment à un texte original). C’est ce que j’aime chez Ryoko Sekiguchi. Il faut arrêter de trouver l’intérêt de R.S. dans sa traversée des langues et des " cultures ". Rien de plus irritant que ce type d’intérêt biaisé pour la littérature. La littérature comme les produits " du monde " (du reste du). R.S. est un poète, oui, est un écrivain, qui essaye d’éviter la fin du monde en tâchant de dire qu’il n’a jamais commencé.